André Turcat, ce Marseillais dont le nom sera toujours associé à celui de Concorde, a quitté pour la dernière fois le cockpit de "son" supersonique.
Agé de 55 ans, le directeur des essais en vol d'Aérospatiale a pris sa retraite avec le sourire : ses amis mécaniciens l'ont décoré du cordon du Royal Cambouis.
Depuis qu'il a obtenu son brevet de pilote en 1947, Turcat a accumulé 6 500 heures de vol sur 110 types d'avions, totalisé près de 4 000 heures d'essai, dont 720 sur Concorde.
Détenteur de nombreux records, il fut le premier en France à franchir, en 1954, le mur du son en vol horizontal. L'aviation lui doit la mise au point du premier système d'atterrissage automatique tout temps adapté sur avion commercial. C'est l'ingénieur navigant d'essai Henri Perrier qui va lui succéder.
Résultat de la coopération des industries aéronautiques de la France et de la Grande Bretagne, "Concorde" est le premier avion supersonique entré en service commercial régulier pour assurer le transport de passagers.
Lancé en 1962, le "Concorde" représentait un défi technologique sans précédent puisqu'il visait une vitesse de croisière supérieure à Mach 2 (2 100 km/h) sur un parcours transatlantique avec plus de 100 passagers à une époque où les chasseurs de haute performance n'accomplissaient que des excursions de quelques minutes à cette vitesse.
Les études aboutirent à un appareil à voilure ogivale réalisée en alliage d'aluminium, doté d'une structure calculée pour se déformer sous l'effet de l'échauffement qui atteint jusqu'à 120°C sur le revêtement. Un nez basculant assurait la visibilité à proximité du sol.
On réalisa deux prototypes et deux avions de pré-série pour mener à bien le programme d'essais le plus rigoureux de l'histoire de l'Aviation Civile.
Le Musée de l'Air et de l'Espace présente le "Concorde" 001, le premier prototype, qui effectua son premier vol le 2 mars 1969 piloté par André Turcat assisté de J. Guignard, H. Perrier et M. Rétif. Cet appareil d'essai destiné à valider la formule générale de "Concorde", dépassa Mach 1 le 1er octobre 1969 et Mach 2 le 4 novembre 1970.
L'intérieur du fuselage était équipé d'instruments d'enregistrement et de contrôle de plus de 600 paramètres simultanément.
A la fin de sa carrière, le "Concorde" 001 fut utilisé pour des opérations de prestige à l'étranger ou des opérations scientifiques comme la plus longue observation jamais réalisée de la couronne solaire lors d'une éclipse.
Après 397 vols d'une durée cumulée de 812 heures dont 255 à vitesse supersonique, "Concorde" 001 fut remis au Musée le 19 octobre 1973.
Il a ouvert la voie aux appareils de série qui relient Paris à New York en 3 heures 30 minutes depuis 1977.
L'accident du 25 Juillet 2000 et la conjoncture internationale précipitent la fin de l'aventure "Concorde". Après 27 années d'exploitation, le 1er Novembre 2003, "Concorde" quitte la scène sans que celui-ci n'ait de successeur.