Albert Spaggiari est né le 14 décembre 1932 à Laragne (Hautes-Alpes). Son père meurt très tôt et c'est sa mère qui l'élève au sein de son clan italo-provençal.
Le jeune Albert grandit à Hyères où sa mère tient un commerce de lingerie. Il préfère très vite les bagarres au train-train de l'école.
Ancien d'Indochine, écrivain, photographe, sa réputation d'Arsène Lupin sera ternie par ses opinions d'extrême droite, entre autre activiste à l'OAS (Organisation de l'armée secrète), il aura nargué la police française durant sa cavale qui aura duré jusqu'à sa mort, après une évasion spectaculaire. Albert Spaggiari est le "cerveau" du casse de Nice : le cambriolage de la Société générale.
Pendant trois mois, une quinzaine d'hommes, moitié de truands, moitié de politiques, vont creuser un tunnel de 8 mètres en passant par les égouts jusqu'à la salle des coffres. Une véritable légende du grand banditisme, et cela de son vivant.
Au cours du week-end du 17 juillet au 19 juillet 1976, il a réussi un coup monumental, le cambriolage de la salle des coffres de la Société Générale de Nice en passant par les égouts : trois-cent trente-sept coffres seront ouverts: cinquante millions de francs de l'époque soit 24 millions d'euro.
L'annonce du casse du siècle est à la Une de tous les médias. Le fric-frac a été découvert la veille par un employé à la Société Générale, le premier à être entré dans la salle des coffres. Il raconte la découverte du casse : 317 coffres fracturés et dans la salle, un vrai capharnaüm: photos intimes affichées, sol jonché d'objets divers, de bijoux de pacotille, ceux qui n'ont pas intéressé les voleurs. Les casseurs ont signé leur coup d'un mot collé sur une armoire "ni armes, ni violence et sans haine".
Les policiers refont à l'envers le parcours des voleurs. Ils passent par un tunnel de 8 mètres creusé dans la roche, puis les égouts de Nice, puis la rivière souterraine du Paillon. Tout au long, le sol est jonché de matériel. Peu d'indices, mais une seule certitude, la logistique est sans précédent.
Le casse a été fait par une grosse équipe, des bandits expérimentés. Une rafle est lancée dans le milieu marseillais. Francis Pellegrin et Alain Bournat, arrêtés après avoir tenté de négocier des lingots provenant du casse, donnent un nom, celui d'Albert Spaggiari.
Spaggiari, le petit photographe niçois, commence par nier. Il veut négocier ses aveux, il a des amitiés haut placées, il ne parlera que devant un grand personnage du ministère de l'intérieur, Maître Jacques Peyrat son avocat, actuel maire de Nice, assiste aux aveux de Spaggiari devant Honoré Gévaudan, l'un des plus importants policiers de France. Des mois de préparation, des semaines de travaux en sous-sol; dans les égouts, les héros ont fini par apprivoiser les rats. Fanfaron, hâbleur, provocateur, Spaggiari devient pour l'opinion publique une sorte de mythe, Mandrin qui vole les riches sans haine, ni violence et sans armes.
Un voyou à la française comme on n'en fait plus, de ceux qui ont de la classe : veste de blazer impeccablement coupée, gros cigare à la bouche et lunettes noires. Le tout avec une barbe de trois jours et une coiffure un rien négligée. Anti-banquier, populaire, et toujours du bon côté. Il apparaît à la fois séducteur désinvolte à la Arsène Lupin et militant des causes nationalistes.
Après son arrestation, Albert Spaggiari ne reste pas longtemps en prison. Le 10 mars 1977, il s'évade par la fenêtre du bureau du juge d'instruction où son avocat était présent. Albert Spaggiari en cavale devient le premier bandit médiatique.
Lassé de la cavale, ruiné, malade d'un cancer de la gorge, Albert Spaggiari tente de négocier sa reddition.
Après douze années passées à se grimer et à fuir, Albert Spaggiari décède à 57 ans, le 8 juin 1989 d'un cancer de la gorge à Belluno en Italie. Son corps sera déposé par sa compagne à Hyères (Var) chez sa mère le 10 juin. Il est enterré à Laragne-Montéglin (Hautes-Alpes).
En 1979, José Giovanni réalise "les Egouts du Paradis" , dialogues et scénario de Michel Audiard avec Francis Huster dans le rôle d'Albert Spaggiari. Le récit du casse français du siècle, perpétré par un ancien baroudeur d'Indochine dans la salle des coffres de la banque Société Générale à Nice.