Michel Petrucciani est né le 28 décembre 1962 à Orange (Vaucluse), d’un père d’origine italienne, Antoine -Tony- et d’une mère d’origine anglaise, Anne.
Son père jouait de la guitare, et ses deux frères, Philippe et Louis, de la guitare et de la contrebasse. - "Ma naissance a dû être un choc dans ma famille. En 1962, ma maladie, l'ostéogenèse imparfaite, on ne la connaissait pas beaucoup".
Il se souvient d'avoir toujours baigné dans la musique. Il a commencé par la batterie, mais le piano a toujours, semble-t-il, été son
- "Quand j’étais gamin, je trouvais que les touches du piano ressemblaient à des dents. C’était comme si le piano me riait au nez. Vous devez être assez fort pour faire se sentir le piano tout petit. Cela demande beaucoup de travail."
Un premier concert en tant que professionnel à l’âge de treize ans lors d’un festival à Cliouclat en tant que sideman du trompettiste Clark Terry, un premier album à 17 ans et un premier pied posé aux USA à 18, l’ont mené tout droit à la rencontre de Charles Lloyd en 1982.
Cette année là, ils remportèrent ensemble le Prix D’excellence du Montreux Jazz Festival en 1982. Nommé "Jazz Man of the Year" par le Los Angeles Times, "meilleur musicien jazz européen" par le ministère de la culture italien en 1983, il reçu cette même année le "prix Django Reinhardt" et le "Grand Prix du Disque-Prix Boris Vian" en 1984.
Michel Petrucciani a pendant près de 20 ans expérimenté et approfondit toutes les facettes du piano jazz : du travail en solo au sextette, il a su mettre son jeu épanoui au service de la musique.
Jouant toujours comme il l’entendait, il se souciait peu de la "belle phrase qui tue". Au sein des différentes formations qui l’entouraient, le pianiste a au fil des ans, au fil des œuvres, privilégié la précision rythmique à la complexité harmonique parfois étouffante.
Mais ce style épuré ne peut exister qu’une fois la complexité maîtrisée. De l’électrique à l’acoustique ou que se soit en duo, trio, sextette ou solo, Michel Petrucciani s’est investit entièrement, en restant fixé sur une idée à la fois, mais en l’approfondissant, en la disséquant. Souvent improvisateur, Michel Petrucciani compose pour permettre aux autres de parler. Il met à leur disposition un texte, comme un auteur dramatique avec ses personnages.
- "La composition, pour moi, c’est ça. Un moyen de raconter une histoire. Je compose beaucoup pour un individu, en pensant à un musicien précis comme, par exemple, Flavio Boltro. Parce que je sais qu’il va aimer ce solo, parce que la musique va bien le représenter. Je compose comme je vis. C’est de la tcatche à la méridionale. Cela ne s’arrête jamais. J’ai toujours de la musique dans la tête. Je me souviens, je devais avoir huit ans, avoir dit un jour en pleurant à mon père : "Je n’arrête pas d’entendre de la musique en moi. C’est comme une radio sans fin." Je vivais alors un vrai cauchemar. Mon père m’a seulement dit : "C’est bien. Profite de ce don."
Il a joué avec les plus grands au sein de ses diverses formations : de Steve Gadd à Tony Williams, de Charles Lloyd à Jœ Lovano, de Stefano di Battista à Flavio Boltro, de Stéphane Grappelli à Aldo Romano, Jœ Henderson, Freddie Hubbard, Buster Williams, Jim Hall, Jack de Johnette, et a composé pour Wayne Shorter....
Mais c’est en solo que Michel Petrucciani s’exprime le plus librement. - "[...] au fil des concerts, j’y apprends toujours énormément" . Soucieux de l’avenir de la musique, Michel Petrucciani avait une idée en tête : monter une école internationale du jazz. Transmettre à d’autres un peu de la connaissance que j’ai pu acquérir au fil de ma carrière m’apparaît [...] comme une priorité dans ma vie."
Cette école, mais aussi véritable musée vivant du jazz aurait été, selon ses propres termes, l’œuvre de sa vie. - "Le jazz est en train de mourir, tous les grands monstres ont disparu, Duke, Parker, Miles, Monk, Bill Evans... Il n’en reste que deux ou trois comme Sonny Rollins et Keith Jarret. Ce serait une catastrophe de laisser choir cet héritage, une culture aussi riche, un langage universel qui s’impose dès maintenant comme la musique classique du XXI ème siècle."
Il rêvait d’en faire un lieu d’enseignement de haut niveau mais aussi un lieu de rencontre où les gens puissent apprendre, au contact des autres et des professionnels, à se respecter, à respecter la musique et à la partager. - "Il est capital pour moi de donner, de passer cette générosité qui est indispensable dans l’art, la musique et la vie". "Je n’ai pas appris dans les livres mais à la dure, avec mon père. Grâce à lui, mieux que l’école de jazz j’ai connu l’école "du" jazz : la vertu de la discipline et le respect du travail."
Michel Petrucciani n’a pas hérité d’une formation classique de musicien de jazz. Plus que les techniques du solo ou de l’accompagnement, il a appris ce qu’on pourrait appeler le "feeling". Cet indéfinissable plus, qui fait d’un artiste un maître, d’un musicien, une star. Cette étincelle (flamme ?) qui habitait les plus grands comme Louis Armstrong, Duke Ellington, Count Basie, Miles Davis et qui fait d’une musique exigeante, sinon difficile, un art accessible à tous.
Michel Petrucciani est mort d'une pneumonie à New York, dans la nuit du 5 au 6 janvier 1999, quelques jours après avoir donné son dernier concert au Vatican. Il repose au Cimetière du Père-Lachaise à Paris.
Association Michel PETRUCCIANI