Mireille Darc (Mireille Aigroz) est née le 15 mai 1938 à Toulon (Var) dans les terres ensoleillées du Sud.
Fille d'un horticulteur d'origine suisse. Sa mère tenait une épicerie. Ses parents lui ont appris "la rigueur, le travail, l'obéissance ". Ça ne suffit pas à la petite fille réveuse qui se réfugie dans les livres et dans les mots pour continuer ses songeries.
"A l'école, je dormais au fond de la classe, sauf lorsqu'il fallait réciter des poèmes. Alors là, je n'étais plus le vilain petit canard boiteux. Je me levais et j'existais. Quelle meilleure vocation, alors, que celle de comédienne ?"
La jeune fille s'inscrit au Conservatoire. "Les mots me transcendaient. Les mots que j'avais envie qu'on me dise, les mots que j'avais envie de dire à quelqu'un. Je vivais de la puissance des mots", expliquait-elle en 1994 à Libération. "J'étais brune, plate et maigre, j'avais les cheveux frisés, crépouillés, et une bosse sur le nez." ainsi se décrit Mireille Darc, à son arrivée à Paris.
La petite provinciale, qui débarque de son Toulon natal, en 1959, a tout à découvrir. Du métier qu'elle veut exercer, comédienne. Et de sa propre image.
Paris s'impose, et la petite Mireille accepte tous les rôles qu'on lui confie. Du théâtre, de la télévision. Jusqu'à la rencontre avec Georges Lautner, et son équipe : Audiard, Francis Blanche, Lino Ventura. Lautner la veut blonde platine. "A la minute où je me suis vue blonde, j'ai compris que c'était moi." Le casque doré qui fera sa légende était né.
Avec Lautner et ses acolytes, Mireille Darc tourne treize films. Elle y incarne presque toujours le même personnage, femme fatale très sexy mais gentille.
Un jour, elle récupère un scénario refusé par Bardot, le réécrit avec Lautner et Vahé Katcha, et en joue le rôle principal : Galia sort en 1966, et c'est un raz de marée. " C'était révolutionnaire parce que Galia revendiquait son plaisir. Elle n'était pas choisie, elle choisissait. Elle décidait. Elle était vraiment libérée. C'était avant-coureur de 1968 ", note la comédienne. Avec Lautner, elle incarne encore des personnages qu'elle taxe, selon l'humeur, de " pétasses " ou de " rigolotes sexy ".
Elle a envie de sortir du créneau de la vamp. En 1967, elle tourne Week-end avec Godard, pour échapper à cette image. Echec. "Godard et moi, on est passés à côté l'un de l'autre".
"Il n'y a que le désir qui compte dans ce métier, et si le réalisateur n'a pas un regard d'amour et de désir sur son actrice, ça ne marche pas", déclare-t-elle, péremptoire.
Elle continue donc à tourner des rôles gentillets de godiche. Et là, en plein apogée, elle rencontre Alain Delon. Il est beau, elle est belle. Elle a trente ans, besoin de tendresse, de tout donner. Elle se met au ralenti professionnel, par envie de "vivre comme une femme et non plus comme une comédienne".
Cette mise entre parenthèses durera quinze ans. Avant une avalanche de catastrophes : une opération à cour ouvert, la séparation d'avec Delon, un accident de voiture qui la laisse pendant des mois sur un lit d'hôpital, la mort d'un proche.
Mireille Darc fait front. Et se lance à corps perdu dans le travail, même si "le cinéma ne me proposait plus rien. Le ciné est fait par des gens jeunes pour des gens jeunes", dit-elle. En revanche, la télévision lui a donné une seconde chance : "Moi, je ne crache pas sur la télé. La télé raconte, quand le cinéma montre. Et puis, réunir huit millions de spectateurs tous les soirs..." Elle tourne des grandes séries : les Coeurs brûlés, les Yeux d'Hélène, Terre Indigo.
Parallèlement, elle réalise des reportages pour Envoyé Spécial (sur les greffes d'organes et les prostituées) puis pour Hors Série, sur France 3 (le Doute et la Mort, sur des malades atteints d'un cancer).
Mais attention : si elle est curieuse de tout, du monde qui l'entoure et des hommes qui peuplent notre planète, Mireille Darc ne se reconvertit pas pour autant : "Mon métier, c'est d'être comédienne. Par amour des mots, toujours et encore..."