Jean Bouin, né à Marseille en 1888, pratiqua très tôt de nombreux sports (natation, escrime, gymnastique.). Dès son plus jeune âge, il déborde d'énergie.
Pendant les récréations, il fait des tours de cour ce qui agace son instituteur, Joseph Pagnol (le père de Marcel Pagnol ). Un jour, ce dernier laissa échapper sa colère et lui dit "Arrête de courir grand fada. Va jouer aux billes avec tes copains. Courir cela ne te rapportera jamais rien !"
A 15 ans déjà Jean Bouin est fasciné par les exploits des coureurs à pied. Il va observer les meilleurs coureurs locaux qui s'entraînent dans un parc à Marseille. Il prend la foulée de Louis Pautex, le tout récent vainqueur du marathon de la ville, et tente de maintenir la distance. Voyant un gamin accroché à ses basques, le champion local l'encouragea alors à s'entraîner.
Afin de mieux se faire remarquer, Jean Bouin crée avec quelques camarades de son école un club scolaire, l' athlétique club de l'école de l'industrie. Ses qualités et ses nombreuses victoires vont rapidement le faire sortir du lot, à tel point qu'il se fait remarquer par un banquier qui l'embauche en tant que coursier. Avec l'aide de son entourage, Jean Bouin, met en place un entraînement très complet associant l'aspect purement course avec tout ce qui a trait à l'alimentation et à l'hygiène de vie.
En 1912 il écrit un livre traitant à la fois de l'entraînement, de l'hygiène de vie et de ses propres résultats en course à pied. Le tire de ce livre : "Comment on devient champion de course à pied".
Citons quelques passages de ce livre : "La course à pied ne doit être pratiquée qu'au moment du développement normal des muscles chez l'adolescent, c'est à dire vers la dix septième ou dix huitième année. Commencer plus tôt l'effort serait le rendre dangereux, puisqu'il porterait sur des organes encore incomplètement formés. Cela ne veut pas dire qu'avant cet âge on doit s'interdire de courir, mais bien plutôt qu'il faut, avant cette période, courir sans effort, courir pour courir et non pour s'affirmer le meilleur.".... >
Son approche de l'entraînement était différente selon les compétitions abordées. Cross country et piste nécessitent des entraînements différents parce que cette épreuve est infiniment variée d'aspects, elle apparaît comme la plus intéressante."
Jean Bouin ne s'entraînait pas de la même façon à l'approche d'une compétition. "Je m'entraîne deux fois par jour lorsque j'ai en vue une grande épreuve, en augmentant au fur et à mesure les distances parcourues. Chacune des séances se terminant par 2,5 km de marche, la marche étant en cette occasion, la régulatrice des mouvements du cœur et des muscles qui ne doivent cesser subitement le travail qui leur est imposé."
Jean Bouin ne faisait pas que courir. Sa préparation était complète. Premier adepte de l'entraînement quasi quotidien, il pratique la culture physique générale matin et soir (grimper aux arbres, porter des troncs d'arbres, lancer des cailloux) entrecoupée de sprints. Il court à travers les forêts, sur des terrains variés et vallonnés, couvre jusqu'à 20km par jour.
En plus d'un entraînement poussé, Jean Bouin savait aussi user de psychologie en course afin de mieux dominer ses adversaires. "Je me rappelle avoir gagné ainsi une course très importante. Plus fatigué que mon adversaire qui arrivait à ma hauteur, j'eus la présence d'esprit, à 20 mètres du poteau, alors qu'il allait me dépasser, de le regarder en souriant. Il vit dans ce sourire la certitude que j'étais plein de ressources et que je m'amusais. Comme à ce moment là j'allongeais insensiblement ma foulée, je coupai la ligne d'arrivée avec deux mètres d'avance !"
En plus de s'entraîner physiquement, Jean Bouin s'imposait une hygiène de vie très stricte. Les soins accordés au corps font aussi partie de l'entraînement de Jean Bouin. Il passe notamment dès qu'il le souhaite entre les mains expertes d'un ami masseur. Bouin a conscience de l'utilité d'entretenir, de soigner son corps.
Jean Bouin fut un des premiers coureurs que l'on peut considérer professionnel au niveau de la façon d'aborder ce sport. Il avait une approche rationnelle de l'entraînement et de la vie d'un athlète. La mise en œuvre de cette approche fut possible grâce à la symbiose du couple entraîneur/athlète.
Chroniqueur dans un quotidien marseillais, Arthur Gibassier fut le manager et conseiller bénévole de Jean Bouin. Arthur Gibassier ira aussi plaider la cause de Jean Bouin devant l'USFSA (l'instance dirigeante du sport amateur) afin de démontrer que ce dernier n'était nullement un professionnel. "Gibassier est pour moi un merveilleux pilote, qui écarte de ma route tous les écueils, qui me mène droit au port et qui est plus heureux que moi, je crois, lorsque je l'atteins."
Ses performances vont rapidement dépasser les quartiers de Marseille. 4
Mais, ses deux exploits les plus marquants eurent lieu en Suède, sur la piste du stade de Stockholm.
Le premier se déroula lors des jeux olympiques de 1912, sur 5000 m. Opposé au finlandais Kolehmainen en finale, Jean Bouin mena un train ultra rapide. Seul son adversaire finlandais réussit à le suivre, prenant de temps en temps le relais de cette course folle. En tête à la cloche, et dans la dernière ligne droite, Jean Bouin vit remonter centimètre par centimètre son adversaire qui le devança de 70cm à l'arrivée. Le temps du vainqueur était de 14'36"6, soit 25 secondes de moins que le précédent record du Monde !! Jean Bouin était crédité de 14'36"7, record de France qui ne sera battu qu'en 1948.
En 1913, l'ambition de Jean Bouin était de battre le record du monde de l'heure, amateur et professionnel confondu. Le 6 juillet, il se met au départ en compagnie de 31 autres coureurs. Il passe au 10 000 m en 31'27, puis au 15 km en 47'18 (record du monde) en ne cessant de doubler ses concurrents. Au signal annonçant la dernière minute, Jean Bouin accéléra et accéléra encore. 19,021km !! le précédent record (18,878) était bel et bien battu. Ce record de France ne fut battu qu'en 1955 par Mimoun.
Cette carrière s'est malheureusement prématurément arrêtée par une sombre journée de septembre 1914. Chargé de faire le messager du front, il fut tué suite à une erreur de tir de l'artillerie française. Jean Bouin n'avait que 26 ans et une belle carrière devant lui.
Un monument à sa mémoire est élevé à Bouconville. Ses victoires sont gravées à l'intérieur des cinq cercles olympiques. Sur le monument on peut lire :
En mémoire du Marseillais Jean Bouin, soldat au 163ème R.I., Membre du Club Athlétique de la Société Générale, l'un des plus prestigieux athlètes français. Mort au champ d'honneur le 24 septembre 1914 devant Bouconville".
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Jeux olympiques 1912
Stockholm Hommes |
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| Epreuves | Or | Temps | argent | Temps | Bronze | Temps |
| 100 mètres |
Ralph Craig
USA |
10.8s |
Alvah Meyer
USA |
10.9s |
Donald Lippincott
USA |
10.9s |
| 200 mètres |
Ralph Craig
USA |
21.7s |
Donald Lippincott
USA |
21.8s |
William Applegarth
GB |
22.0s |
| 400 mètres |
Charles Reidpath
USA |
48.2s |
Hans Braun
GER |
48.3s |
Edward Lindberg
USA |
48.4s |
| 800 mètres |
James Meredith
USA |
1m51.9s |
Melvin Sheppard
USA |
1m52.0s |
Ira Davenport
USA |
1m52.0s |
| 1500 mètres |
Arnold Jackson
GB |
3m56.8s |
Abel Kiviat
USA |
3m56.9s |
Norman Taber
USA |
3m56.9s |
| 5000 mètres |
Hannes Kolehmainen
FIN |
14m36.6s |
Jean Bouin
France |
14m36.7s |
George Hutson
GB |
15m7.6s |
| 10000 mètres |
Hannes Kolehmainen
FIN |
31m20.8s |
Lewis Tewanima
USA |
32m6.6s |
Albin Stenroos
FIN |
32m21.8s |
| Marathon |
Kenneth McArthur
S. Africa |
2h36m54s |
Christopher Gitsham
S. Africa |
2h37m52s |
Gaston Strobino
USA |
2h38m42s |
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Bibliographie Espana R "Jean Bouin de Marseille", 1999, Ed. Autres Temps, Marseille. |